17 novembre 2016

Culture du café

Voyons, actuellement, comment on doit s’y prendre, pour cultiver cet arbre, en Europe et spécialement, en France ; si on ne met point en terre la semence toute récente du café, il ne faut point espérer de la voir germer, mais, en l’y mettant aussitôt, elle lève dix semaines après.
Ce fait justifie les habitants du pays, où se cultive le café, de la malice qu’on leur a imputée, de tremper dans l’eau bouillante, ou de faire sécher au feu, tout ce qu’ils débitent aux étrangers , dans la crainte que, venant à élever, comme eux, cette plante, ils en perdirent un revenu des plus considérables.

Climat propice à la culture du café

La germination de ces semences n'a rien que de commun ; à l’égard du lieu où cette plante peut se conserver en France, comme il doit y avoir du rapport avec le pays où elle croît naturellement, et où l’on ne retient point d’hiver, on a été obligé, jusqu’ici, de suppléer au défaut de la température de l’air , et de climat, par une ferre à la façon de la Hollande, sous laquelle on fait un feu modéré, pour y entretenir une chaleur douce, et l’on a observé que, pour prévenir la sécheresse de cette plante, il lui fallait, de temps en temps, un arrosement proportionné et modéré, car le trop d’humidité lui est également nuisible ; il pourrit ses racines , les dépouille de ses feuilles et les fait périr; la chaleur habituelle, dans laquelle on la tient, doit être au même degré, que celle de l’ananas.
Grains de café Moka sidamo d'Ethiopie
Grains de café Moka d'Ethiopie

Trois semaines après que le Café ait levé, le jeune plant qui en provient, est bon à être transplanté : chaque baie produit, ordinairement, deux pièces, qu’il est à propos de séparer de bonne heure. Lorsque l’arbre à Café est malade, il transude de ses feuilles une liqueur qui attire les insectes, et ceux-ci ne l’abandonnent point, jusqu’à ce qu’il soit entièrement mort; on ne les détruit point avec des lotions, qui réussirent en d'autres cas ; le mieux est de changer la terre et bien visiter les racines ; après quoi, les lotions pourront être utiles.

Il est presqu’aussi nuisible au café d’être trop à l’air, dans son pot, que d’y être mouillé sans discrétion; du moins, est-il vrai qu’en gênant un peu l'extension des racines, on oblige l’arbre à donner plus de fruits. La meilleure terre, qu’on puisse lui donner, est celle de nos potagers, ayant soin de l’entretenir meuble. On choisit toujours l’été pour le changer de pot; en le transplantant, on ménage les racines, on se contente d’en ôter les fibres malades ou endommagées , et de recouvrir celles qui sont trop près du pot.

L’arbre élevé de semences, donne du fruit, dès l’âge de dix-huit mois, dans les pays chauds ; ce n’est qu’entre les tropiques, que le café peut vivre en pleine terre ; en vain se flatteront - de le laisser en plein air, durant nos belles saisons ; quoiqu’il parût s’y bien porter, les feuilles tomberaient, bientôt , dans les serres , et l’arbre languirait pendant tout l’hiver, si, même, il ne périt pas. On peut faire des boutures et des marcotes de caféier, mais elles ne profitent que lentement, et ne donnent jamais que des arbres médiocres. 

Extrait de Dissertation sur le café par M. Buchoz - 1787